Dénonçons l'Inquisition!
En réponse à l’article paru dans Le PROGRES le 25 mai « Les refusés du Marché de la création passent à l’action », aux déclarations de la commissaire d’exposition de ce marché, qui nous explique le fonctionnement de la Commission de Sélection et d’Admission du Marché de la Création de Lyon.
Enfin nous comprenons aujourd’hui, grâce à ses affirmations pourquoi il y a autant de refusés et globalement une sclérose, une routinisation au Marché de la Création. D’après elle, la commission fonctionne « en jury » qui décide tout d’abord d’accepter les artistes comme « artistes amateurs » pour qu’ils évoluent vers le statut de « professionnels ». Ils ont 4 ans pour évoluer et ce statut unique à Lyon est délivré si ce jury estime que le travail est satisfaisant et abouti à leurs yeux.
J’aimerais rappeler à la commission, comme il est écrit à l’article 4 et ensuite 6 du règlement, qu’elle est d’abord une commission et non pas un jury, qu’elle donne un avis consultatif et non pas décisif. Jusqu’à ce jour les jurys exercent leur fonction dans le cadre d’une Cour d’Assises, d’un concours, d’un festival. Au terme de leur délibération ils donnent une condamnation, un diplôme ou un prix. Donc à Lyon les artistes qui se présentent sont soumis à une Cour d’Assises, qui ne leur donne jamais le droit de se défendre, et au terme ils sont ou condamnés ou diplômés. Cherchez l’erreur !
Sans aucun contrôle, dans le cadre d’un profond secret, comme le sont souvent les sociétés secrètes, la commissaire et la commission se sont octroyé le droit inaliénable de condamner à l’amateurisme ou de décerner le titre d’artiste professionnel, en dehors de toute légalité. Je tiens à rappeler à madame le commissaire, elle-même artiste, et aux membres de la commission, issus du monde des arts plastiques, que le statut d’artiste professionnel n’a aucune valeur juridique, sociale et fiscale. A l’étude du code ROME 21111 la définition de l’artiste peintre est telle :
Je tiens à préciser aussi, renseignement pris à la MAPRA, que l’artiste, au premier euro reçu, suite à la vente de ses œuvres, doit juridiquement s’inscrire à Maison des Artistes pour définir son activité. A Lyon l’amateur serait-il celui qui expose (et cela peut durer 4 ans) mais qui n’aurait pas le droit de vendre sa création? Il faudrait que cet amateur courageux, tel que lui impose le règlement et la commission, puisqu’il n’est pas professionnel, affiche clairement son choix aux yeux du public et des professionnels, qui est d’exposer mais pas de vendre. Que feraient-ils donc sur un marché public, dont la fonction est de recevoir le public et de permettre la vente des œuvres exposées ? Vous comprendrez : Ubu avait créé son monde, il semblerait qu’à Lyon nous ayons aussi créé un monde kafkaïen ubuesque.
En conclusion, lorsqu’on se donne ce titre de jury, lorsqu’on s’arroge le droit de redéfinir un statut, lorsqu’on se dresse comme les gardiens de l’esthétique satisfaisante et du travail abouti, j’aimerais rappeler à ces dignitaires que nul n’est censé ignorer, à ce niveau de sélection, l’évolution de l’expression et de la création de la préhistoire à nos jours, qu’il existe une histoire de l’art et les lois de la République, et que la commission est là pour donner son avis et uniquement son avis. Un jugement est l’objet d’un protocole, d’une problématique et s’appuie sur des critères bien définis. Et je crains que ces dignitaires ignorent les dates historiques de la définition tant controversée de ce qu'est un artiste.
1391 – la corporation des « peintres et tailleurs d’images » à Paris
1563 – Academia del disegno à Florence, c’est l’alter deus, les arts libéraux
1648 – Académie Royale de peinture
1793 – abolition de toutes les corporations et académies
1795 – l’Institut National de France
1968 – toutes les instances de qualification sont dénoncées en même temps
1975 – Le Code des Métiers
1982 – les artistes retrouvent leur place d’origine
« Qui est artiste ? C’est une caractéristique centrale de l’histoire sociale des pratiques artistiques que d’avoir tendu à constituer, depuis la fin du XIXe siècle, comme insaisissables et indistinctes les frontières de la population de référence. […] L’identité professionnelle de l’artiste ne se laisse enfermer actuellement dans aucune définition juridique « dure ». Dès lors, quels critères retenir pour définir cette identité : l’indépendance économique (vivre de cette profession), l’autodéfinition (se déclarer artiste), la compétence spécifique (être diplômé d’une école d’art) ou la reconnaissance par le milieu artistique (quelque forme qu’elle prenne et quelque soient les juges) ? » (Raymonde Moulin)
Dans tous les cas il serait prétentieux à une commission, quelle qu'elle soit, de définir de manière autoritaire cette identité.
Eliza Ploia